Mardi, 25 Août 2009 19:00
LES ÉNERGIES AUJOURD'HUI
Par Eric Noyrez - Industriel.
« Il ne faut que de l’énergie durable et cesser de compter sur celle de la terre ! ».
Un problème crucial émerge cependant de cette urgence, comment trouver un équilibre entre « … pas possible économiquement » et « tout doit être solaire, éolien,… » ? Que sous-entendent ces mots « énergie renouvelable », « ressource durable » ? Comment concilier tant d’avis si divergents et pourtant tous si pertinents ? Difficile d’apporter un nouvel éclairage sans être soi-même partisan.
Mon parcours m’ayant amené à développer des automobiles, puis des matières plastiques pour celles-ci, puis, plus largement produire des produits chimiques, organiques ou minéraux, pour les besoins de la société, je n’ai cessé d’être interpellé par les besoins grandissants de chacun et les conséquences de toutes ces activités. Combien de ces sujets font encore l’objet de certitudes, souvent extrêmes, les unes d’être le fruit inéluctable de l’évolution, les autres, les choses à éliminer d’urgence.
Mon propre vécu professionnel m’amène à plusieurs observations. Prenons l’enjeu majeur des énergies dont les opinions, selon les pays, les personnes, les gouvernements, peuvent être d’une extrême variété.
On peut tous reconnaître la nécessité de développer des énergies renouvelables et on ne peut pas compter éternellement sur le pétrole, le gaz, le charbon... Mais je ne vois pas comment vivre sans faire coexister toutes les énergies ensemble ensemble pour encore quelques décennies.
Les besoins des pays de « l’Ouest » sont considérables et les pays « à l’Est » n’ont pas de raison d’attendre pour se développer eux-mêmes que nous réduisions nos consommations ou trouvions « La Solution idéale ».
Rajendra Pachauri, président du Groupe intergouvernemental d’experts sur le climat à l’ONU, nous rappelle quelques souvenirs « Lorsque j’étais enfant, tout était si beau et à l’abri de toute pollution » mais nous ramène également à la réalité « Beaucoup de gens ont désormais réalisé que le changement climatique n’est pas pour demain, mais qu’il est en train de se produire »
Quoiqu’on en pense, on ne pourra produire économiquement du « solaire » que dans des régions suffisamment ensoleillées, de « l’éolien » dans des zones ventées, de « l’hydro » dans les océans et des« bioénergies » dans des régions agricoles.
Comme Paul Crutzen l’a analysé, les énergies renouvelables ne sont pas forcément sans impact si nous devions être amenés à les exploiter massivement.
Un jour tout sera renouvelable je l’espère, mais avant, nous domestiquerons toutes les énergies, les rendrons de plus en plus propres et devrons assurer les besoins de tous les pays qui aspirent à se développer.
Sauf à revenir à la bougie et à la carriole, les sources fossiles elles aussi devront encore progresser, leurs rejets traités. Les énergies que nous utiliserons dans 30 à 50 ans seront encore, en majorité, d’origine fossile quoique l’on veuille en penser.
Plutôt qu’opposer les énergies, les industriels s’activent à les domestiquer, à en supprimer les nuisances.
Pour les 5 décennies, le véritable enjeu sera de faire croître les énergies renouvelables et « équilibrer » tous les réseaux de production de ces différentes énergies entre eux.
La véritable révolution viendra des « fils » reliant les sources à nos maisons, nos industries. Ces réseaux vont devoir être de plus en plus intelligents. Les énergies renouvelables dépendent de leur environnement(soleil, vent, …) et seront par essence très variables. Ce sont les énergies traditionnelles qui vont devoir s’adapter à ces variations ou du moins tout le système d’acheminement de l’énergie qui va devoir se transformer.
Mesurant les besoins à la source, les réseaux vont pouvoir anticiper, réguler, optimiser les sources d’énergie. C’est ainsi que nous pourrons réduire considérablement nos besoins énergétiques dans un futur proche. Le concept de « Smart grid » (réseau intelligent) cherche encore sa valeur commerciale au-delà de ses principes fondateurs, mais il sera définitivement la voie d’optimisation des énergies.
Mesurant en temps réel le besoin de « chacun » d’une part, anticipant les différentes productions disponibles (fossiles et renouvelables) d’autre part, il va être possible de mieux éviter les pics qui coûtent tant en infrastructures, centrales, et équipements associés (estimé de 10 à 20% de tout le parc installé, des milliards d’euros actuellement investis ). Les industriels commencent à s’y intéresser. Acceptons l’idée que les sources d’énergie vont toutes coexister pour une période longue et nous rechercherons comment optimiser cet ensemble pour réduire considérablement les impacts de leurs nuisances.
Si je devais imaginer l’énergie des 50 prochaines années ? La captation du CO2 réglera les nuisances du charbon et permettra à cette énergie de devenir beaucoup plus propre, les cellules solaires verront leur coût se réduire considérablement et couvriront le toit des maisons, les batteries électriques accumuleront des charges environ cent fois supérieures, nécessaires à nos besoins courants, … mais c’est de la mesure en temps réel de nos besoins puis la programmation des sources d’énergie en fonction de ces besoins, que les plus grands progrès vont naître pour façonner le paysage futur de l’énergie.
Aussi incroyables que certaines solutions puissent paraître, n’oublions pas que nous n’avons pas cessé d’évoluer depuis que le Monde est Monde. Au-delà de ce que les industriels étudient, rien ne sera mieux que le changement d’attitude et le comportement socialement responsable à la source. Quelle que soit l’évolution de la technologie, le vrai progrès commence par chacun d’entre nous, en consommons mieux !
Pour que des solutions durables existent « New Reflex » ne cède ni à l’immobilisme, ni aux effets de modes en exprimant ses propres opinions sur les enjeux actuels.
Merci de m’avoir interpelé sur ce sujet complexe opposant les énergies fossiles de celles renouvelables. J’espère en avoir « simplifié » quelque peu la compréhension et laissé entrevoir quelques évolutions possibles.

