Lundi, 15 Février 2010 17:00
SHANGAÏ, LE SILENCE ÉLECTRIQUE
Par Arnaud Houllemare.
S’il est une constante dans la plupart des métropoles asiatiques, c’est bien l’effervescence des deux roues à moteur thermique, de la pollution et du bruit qui les accompagnent.
A Shanghai, première métropole d’Asie par la taille avec 17 Millions d’habitants, c’est différent. Les deux roues sont principalement de deux types ; les vélos, et les électriques. Ces derniers gagnant rapidement du terrain sur les premiers au fur et a mesure de l’augmentation du pouvoir d’achat.
Comme toujours, en Chine, les chiffres sont étourdissants ; de 2 à 300 000 vélos électriques par an il y a 8 ans, la production est passée à près de 22 millions de vélos électriques l’année dernière, principalement pour le marché intérieur ! On considère qu’il y a environ 1.5 millions de vélos électriques à Shanghai et 65 Millions en circulation en Chine aujourd’hui.
Après les vélos électriques de première génération dont la vitesse est limitée par construction à 20 Km/h, sont apparus les scooters carénés qui roulent, eux à 40 Km/h.
Le développement de vélos électriques a été sélectionné en 1991 comme développement technologique prioritaire par le gouvernement central et ce ne sont aujourd’hui pas moins de 3000 usines ‘officielles’ à travers le pays qui produisent toutes sortes de modèles. Le nombre d’assembleurs non officiels avoisine les 10 000.
Mais qu’on ne s’y trompe pas, l’explosion des ventes de deux roues électriques en Chine n’a rien à voir avec une prise de conscience écologique de la population, tout au moins dans un premier temps. Les gouvernements locaux sont toujours à l’ origine de ces changements en taxant fortement puis en limitant l’attribution de licences nécessaires à l’obtention de deux roues thermiques. Depuis 1998, il est pratiquement impossible d’obtenir une nouvelle licence pour un deux roues a moteur thermique.
Alors, le vélo/scooter électrique une solution écologique ? En réalité, la réponse actuelle est très mitigée.
S’il est vrai qu’en comparaison de Bangkok, par exemple, Shanghai souffre moins de la pollution sonore et des échappements, il faut considérer le cycle total de vie de ces engins.
Un vélo électrique, dans la technologie actuelle, fonctionne avec des batteries au plomb. Une batterie chinoise de 10 Kg générera environ 7 Kg de déchets plomb en fin de vie, et un vélo chinois utilisera environ 3 à 5 batteries au cours de sa vie qu’il faudra recycler proprement afin d’éviter les pollutions au plomb. En outre, 75% de la production d’électricité en Chine provient de centrales à charbon qui sont encore, à ce jour, de gros producteurs de gaz à effet de serre et de composés soufrés volatils.
Dans la balance, il faut toutefois mettre de nombreux éléments positifs de poids. Il faut tout d’abord noter que les recharges s’effectuent principalement pendant les heures creuses, ce qui optimise l’utilisation du réseau (le fameux Smart Grid très à la mode en ce moment). On ne peut, en outre, pas reprocher aux deux roues électriques d’utiliser de l’électricité issue d’une production polluante (Charbon). Il s’agit là d’un autre chantier auquel les autorités chinoises s’attellent par ailleurs en développant les alternatives au charbon, solaire, hydroélectrique, éolien. La Chine a, en outre, pris la voie du Nucléaire et d’ici quelques années, c’est une centrale nucléaire par an qui y sera mise en service.
L’énorme marché offre également d’importantes perspectives au développement de nouvelles technologies. Le faible rendement des batteries au plomb stimule le développement économique des technologies Lithium-Ion, encore chères aujourd’hui, positionnant favorablement les chinois sur le futur marché des automobiles électriques. A noter que la plus grande mine de Lithium actuellement découverte est en Bolivie, suivie de près par les mines situées au Tibet… Quand l’écologie prend un tour politique !
En ce qui concerne les performances de ces nouvelles drôles de machine, le constat est, pour le moment, assez décevant.
Les deux roues électriques sont parfaits pour un utilisateur seul, pas pressé évoluant sur du plat ! Shanghai étant une ville plate, le problème ne se pose pas vraiment, mais il faut bien reconnaître que dès qu’une légère cote se présente, on sent la machine arriver très rapidement à ses limites.
J’ai, par contre, eu l’occasion d’essayer un prototype de Scooter développé pour le marché occidental qui m’a carrément scotché. Ce modèle est équipé de batteries Li-on, deux moteurs, un sur chaque roue, et présente un look plutôt sympa (voir photo). Offrant une puissance de plusieurs Kilowatts (j’ai juré de ne pas divulguer ses caractéristiques précises), il présente des caractéristiques vraiment impressionnantes. Une vitesse maximale de plus de 110 Km/h chargé de deux personnes de proportions américaines… Un démarrage en côte à pleine charge devient possible, ce qui n’est pas le cas avec la plupart des deux roues actuels. Enfin, prévu pour des espaces plus grands, il offre une autonomie de plus de 100 Km.
Les deux roues électriques, s’ils pointent seulement le bout de son nez en occident sont déjà bien installés dans certaines régions de Chine. Toutefois, les performances actuelles ne sont pas vraiment compatibles avec les attentes des clients occidentaux, mais forte de son expérience déjà ancienne, la Chine commence à adapter son offre afin de conquérir nos marchés. Technologie de batteries, performances, design, il y a fort à parier que nos futurs deux roues électriques seront majoritairement issus de l’empire du milieu.
Pour en faire une véritable solution écologique, il faudra que se mette en place un système de gestion des déchets de vie ou de fin de vie comme les batteries et offrir une électricité propre.

